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Jean-Pierre RENOUARD c.m. -2ème-1617 surgit une double intuition : le charisme vincentien, 1618 Villepreux il est mis en oeuvre

[]…..ET IL Y EUT VILLEPREUX

Nous sommes à l’aube de 1617 avec 2017 ! Qu’on honore Folleville et Châtillon, la puissance collective, communautaire et familiale l’exige avec raison et one saurait trop s’en réjouir. Mais peut-on passer sous silence Villepreux ? Vous dites Villepreux ? Je dis bien Villepreux, symbolisme après symbolismes.

Faute d’autres documents – les fenêtres de st Lazare ayant été ouvertes toute grandes par les révolutionnaires et leur feu ayant beaucoup annihilé dans la cour de st Lazare! – il nous reste la certitude précieuse qu’en 1618, trois charités sont établies l’une à Villepreux, les autres à Joigny et Montmirail en conclusion de chaque mission donnée. Villepreux tient le peloton de tête. Le 23 février 1618, après un nouveau tournant d’année (c’est remarquable et à croire que Noël porte fruit), Vincent propose son schéma basé sur le binôme désormais constitutif de son action, « mission & charité ». Villepreux est la première synthèse  de l’œuvre missionnaire de st Vincent. Villepreux est la mise en place d’une évangélisation originale, l’Evangile vécu avec et par le service. Villepreux est le lieu-modèle de l’évangélisation selon st Vincent, évangéliser en servant et servir en évangélisant.

D’aucuns douteront de la pertinence de cette  réflexion. Qu’ils lisent alors ce que Madame Guillaume écrit : « Villepreux, dans l’actuel département des Yvelines, est le lieu de la première grande mission et de la première confrérie après celle de Châtillon. Ses habitants du XXI ème siècle en gardent la fierté. L’aimable paroissien chez qui nous allons, à l’été 2013, chercher les clés de l’église du vieux Villepreux pour la visiter veut bien entendre parler de Châtillon-les-Dombes, mais persiste à rappeler que c’est Villepreux qui fut, de toute la France, le lieu de cette première réalisation conjointe. Ville ancienne et ville moderne vivent aux couleurs de Vincent de Paul. L’Eglise Saint-Germain l’Auxerrois, dont les parties les plus anciennes remontent au XII ème siècle, retrace dans la chapelle saint-Vincent de son chœur le travail accompli ici. La rue qui descend de l’église vers la route, laissant à droite la rue des Orfèvres, offre au regard du visiteur la façade de la « maison Saint-Vincent » : trois maisons mitoyennes d’époque médiévale restaurée par la commune. C’est là que fut fondée en 1618 la confrérie de la charité.[4]»

L’Histoire ne se nourrit pas avec sûreté des sites via internet mais depuis  le 14 mars dernier on peut lire cette annonce à propos du château démoli en 1885 puis reconstruit : « A vendre propriété, comprenant un château du XIXe siècle de 1 080 m2 et un autre construit au XXe de 980 m2 avec dépendances, serres, tennis, maisons de gardiens, écuries avec 20 boxes à chevaux…Le tout dans l’axe du grand Canal du château de Versailles.»[5] Le lecteur avisé le comprend, il s’agissait du château des Gondi, preuve tangible de la présence de st Vincent. « Le blog de Jean-Pierre » est non moins intéressant parce que bien illustré au risque de séduire ceux qui doutent de l’historicité des trois maisons. Il est vraisemblable que l’une des maisons matérialise le lieu où sera fondée douze plus tard, l’école de filles puis de garçons,  suivie par Louise de Marillac dès 1630, lors de ses deux visites à Villepreux. Germaine, fille du village, sera la première institutrice fille de  la charité. [6]Quant à l’église st Germain, elle garde la date de 1618 comme la preuve de l’action missionnaire de st Vincent.

L’essentiel est l’événement que nous est transmis par Collet : «  Dès le commencement de l’année suivante, il prit des arrangements pour faire une mission à Villepreux, et dans les lieux circonvoisins. Cette fonction que des ecclésiastiques, qui sont souvent bien minces en tout sens, regardent comme au-dessous d’eux, ne rebuta pas des personnes du premier mérite, et qui occupaient des places distinguées. M. Cocqueret, Docteur de la maison de Navarre, Messieurs Berger et Gontière, Conseillers-Clercs au Parlement de Paris[7], et plusieurs autres vertueux prêtres, se joignirent à Vincent, et entreprirent avec lui cette bonne œuvre. On ne se borna pas aux secours spirituels, on tâcha de remédier aux nécessités temporelles ; et pour les prévenir, autant qu’il était possible, le saint établit à Villepreux la Confrérie de la Charité, sous l’autorité de M. le Cardinal de Rets évêque de Paris, qui en avait approuvé les Règlements.»(Collet I, 87) Au-delà du style ronflant, Monsieur Vincent soigne ses relations professionnelles, un docteur d’un célèbre collège[8] et des conseillers au Parlement de la capitale avec une première équipe de prêtres diocésains, ce qui est nouveau ; mais pointe en plus une méthode et un règlement.

La méthode missionnaire s’impose pour l’évangélisation des campagnes, petits et grands catéchismes, prédications, confessions générales, extinction des procès, visites des malades, les sermons étant sans cesse remis sur le chantier pour un apport efficace et adapté et construits pour rappeler les grandes vérités de la foi[9]. Evangéliser à la manière vincentienne, au sens plénier, c’est enseigner, réconcilier, s’engager et engager. Toute mission fonde une charité sur le modèle de Châtillon avec des constructions qui trouvent leur vocabulaire et leur règle juste après Villepreux, avec le règlement de Joigny. Villepreux est donc le lancement d’une opération destinée à se perpétuer.

Une autre observation de justice s’impose ; les missions lancées par st Vincent ne sont pas innovation ; «C’est dans l’air ! ». Les confréries aussi ; les dominicains ont déjà le Rosaire, les jésuites la Bonne-Mort. Tous veulent annoncer Jésus-Christ parce que comme le dit Brejon de Lavergnée, « la société tout entière peut être régénérée par la grâce ».

Villepreux est aussi emblématique pour une autre raison et qui a nom connu, Louise de Marillac. Les premiers missionnaires en effet, fondent les confréries non sans mal et oppositions, et veulent leur assurer pérennité. Lorsque Louise va rencontrer Vincent de façon décisive vers 1624 – 1625[10], en se mettant sous sa direction, il veut la sortir d’elle-même ; il songe alors à lui confier la charge de visiter et de conforter les confréries de charité. Entre 1629 et 1633, elle va inspecter quelques trente charités dont Villepreux. Vers 1630, une lettre circonstanciée marque des relations difficultueuses avec le curé du moment: qu’elle fasse acte de soumission lui dicte Monsieur Vincent (vers Avril 1630 – I, 81-82. Document – Texte F). Monsieur Vincent maintiendra toujours cette docilité aux curés, maitres chez eux. Sœur Elizabeth Charpy parle à ce propos et c’est très fin, d’une confiance gagnée.[11] Nous disons aujourd’hui collaboration qui implique la sincérité réciproque. Brejon de Lavergnée note à propos de ces visites : «  Ses visites relèvent de eux modèles, missionnaire et pastoral : missionnaire en ce qu’elle ‘a pas de territoire propre et  qu’elle suit en tout lieu les Lazaristes pour entretenir la flamme de leurs prédications et les confréries qu’ils ont fondées ; pastoral ou borroméen, car en « prélat réformateur», Louise se livre à de véritables chevauchées dans son « diocèse » charitable ou elle réforme et stimule les « paroisses » dont elle a la charge c’est-à-dire les confréries[12]. ». N’oublions pas que saint Jean XXIII l’a proclamée « patronne de tous les travailleurs sociaux chrétiens ». A ce titre, elle mériterait le calendrier liturgique universel.

La charité de Villepreux s’enracine avec le temps. Lors d’un deuxième voyage, Louise modifie le Règlement et l’ajuste aux exigences du moment, élection des officières, visites régulières des malades, fréquentation des sacrements, confessions et communions pour le décès de chaque « sœur ».

« Sœur » ? Déjà pointe un vocabulaire spécialisé et le lecteur averti verra se profiler une autre figure caractéristique, Marguerite Naseau, peut-être dès 1630. Elle sera maîtresse d’école à Villepreux, envoyée à St Sauveur à Paris et redirigée sur Villepreux le 12 octobre  1631 – I, 131) ; on sait qu’elle ouvre la porte aux filles de la charité, ces « bonnes filles de village »qui viennent au secours des confréries des villages et des Charités parisiennes. La Charité n’a pas de limites et frontières…et 1633 n’est pas loin.

Une autre figure dominante dont il faut absolument parler reste celle de Madame de Gondi. Elle est Villepreux ; châtelaine, elle porte une responsabilité exemplaire. Elle a poussé Monsieur Vincent à revenir sur ses terres, elle le presse à monter en chaire, elle vit jusqu’à l’inquiétude la question : « quel remède ? ». Avant de fonder la Congrégation de la Mission avec Monsieur de Gondi, elle s’investit corps et âme sur Villepreux. Elle ne connaît aucun repos et le 23 février après vêpres, la confrérie est organisée en sa présence. Elle devient indispensable au point des signer l’établissement de la charité de Montmirail avant Monsieur Vincent…noblesse oblige. (XIII, 464. Documents – Texte G)

Dans le même temps, Vincent fait confiance à ste Louise, la protège contre elle-même et son manque de pondération dans le zèle ; il l’aide à discerner les bonnes voies qui mènent à la naissance de la Compagnie. Il est cofondateur à sa  manière. Il revient à Villepreux « au vent de la Fronce » en janvier 1649. Après discernement, il décide de quitter st Lazare pour aller à Saint Germain, trouver la Reine Mère en plénipotentiaire confiant mais osé…et téméraire dans son entretien avec Mazarin. Il quitte les lieux et se réfugie à Villepreux chez M. de Gondi durant une semaine. En  effet celui-ci s’est réfugié au château de Villepreux. En compagnie du frère Ducournau, Vincent le quitte au bout d’une semaine et part pour une aventure sans précédent…Une sorte d’exil actif…

LA SYNTHESE VINCENTIENNE

Villepreux met en œuvre ce que Vincent a capté « par expérience et par nature ». Il a touché du doigt ce qu’un christianisme trop ritualiste lui avait fait oublier : messes dominicales, pratiques habituelles du baptême aux funérailles. A Folleville, il  réalise la grande ignorance du peuple et Madame de Gondi amplifie cette dure et palpable réalité : « le pauvre peuple se damne », et lui ajoutera et déploiera : « faute d’entendre les vérités à salut ». L’urgence est d’évangéliser, de proclamer les lignes de force de la foi, de rendre familier l’enseignement de Jésus et de son Evangile et la découverte de sa personne. Tout cela impose une prédication soignée, un catéchisme pour enfants et pour adultes et une éthique adaptée.

Mais l’expérience de st Vincent lui dicte un autre point d’attention : poursuivre la formation par l’engagement. Tout chrétien formé et devenu plus conscient de ses responsabilités baptismales ne peut que vivre sa foi par le service de l’autre et du plus faible, le malade, l’isolé, le  faible en ressources, bref, le pauvre, en situation de visite et de réconfort « corporel et spirituel ». L’expérience de Châtillon s’emboîte dans celle de Folleville. Et c’est ainsi que celle de Villepreux devient exemplaire et globalisante.

Villepreux est à percevoir comme le premier type achevé de l’engagement missionnaire porté à sa perfection par la charité. Toute mission donnée se termine par la création d’une association de charité. La Parole de Dieu engendre le service du frère, la diaconie pour reprendre un mot récent. L’une ne va pas sans l’autre. Et l’un éclaire l’autre. Fractionner ce binôme est une altération préjudiciable à l’esprit vincentien. D’autres binômes s’y retrouvent: Vincent et Louise, religieux et prêtres diocésains, clercs et laïcs, congrégation de la Mission et Charités, Charités et Filles de la Charité en éclosion.

En célébrant Villepreux et son anniversaire au début de 1618, on pourrait en même temps, consacrer à nouveau cette union qui reste comme la marque de fabrique de la tâche vincentienne. La fidélité revendique cette lecture synthétique; s’y tenir équivaut à une ampliation de la marche en avant que suppose aujourd’hui la vie et l’action car nous sommes toujours cofondateurs pour notre temps. Comme le dirait le père Philippe Lécrivain sj, nous avons à continuer le récit fondateur, à écrire encore les actes de l’Eglise au prix d’une conversion jamais achevée et d’un engendrement qui nous fait « narrateurs et fondateurs »[13] de la Congrégation, avec st Vincent et les premiers confrères. Les formes se modernisent et s’adaptent mais le fond reste : tenir Mission et Charité indissolublement unis. Voilà un possible chemin et un lieu symbole porteur, celui de l’unification de la vocation vincentienne.

Puisse cet embryon de perspectives ouvrir un dialogue, voire un débat.

Documents complémentaires

TEXTE A

« Quoique M. Vincent fût bien résolu de se donner parfaitement à Dieu et de lui rendre tous les services qu’il pourrait, dans l’état ecclésiastique, cet accident néanmoins qui lui arriva lui servit comme d’un nouvel aiguillon, et le bon usage qu’il en fit attira sur lui de nouvelles grâces, qui le portèrent encore plus fortement à l’exécution de ses bonnes résolutions. Et voyant que cette demeure où il avait été obligé de se retirer à son arrivée dans Paris, parmi des personnes laïques, était peu convenable au désir que Dieu lui avait inspiré de se mettre dans une vie vraiment ecclésiastique, il se résolut de s’en retirer; et la bonne estime que sa vertu lui avait acquise lui fit trouver accès chez les RR. PP. de l’Oratoire, qui le reçurent en leur maison, non pas pour être agrégé à leur sainte Compagnie, ayant lui-même déclaré depuis qu’il n’avait jamais eu cette intention, mais pour se mettre un peu à l’abri des engagements du monde, et pour mieux connaître les desseins de Dieu sur lui et se disposer à les suivre. Et sachant bien que nous sommes aveugles en notre propre conduite, et que le plus assuré moyen pour ne se point détourner des voies de Dieu, est d’avoir quelque ange visible qui nous conduise, c’est-à-dire quelque sage et vertueux directeur qui nous aide par ses bons avis, il crut ne pouvoir faire un meilleur choix, que celui même qui conduisait avec tant sagesse et de bénédiction cette sainte Compagnie de l’Oratoire, qui était alors le révérend Père de Bérulle, comme nous avons dit, dont la mémoire est en odeur de sainteté. M. Vincent donc lui ayant ouvert son cœur, ce grand serviteur de Dieu, qui avait un esprit des plus éclairés de ce siècle, reconnut incontinent que Dieu l’appelait à de grandes choses; et l’on dit même qu’il prévit dès lors et qu’il lui déclara que Dieu voulait se servir de lui pour lui rendre un signalé service dans son Église, et pour assembler à cet effet une nouvelle communauté de bons prêtres qui y travailleraient avec fruit et bénédiction.

Il demeura environ deux ans en cette retraite, et pendant ce temps-là, le R. Père Bourgoing, qui était pour lors curé de Clichy, ayant eu dessein de quitter cette cure pour entrer en la congrégation de l’Oratoire, dont il a été depuis très digne supérieur général, le R. Père de Bérulle porta M. Vincent à accepter la résignation qui lui fut faite de cette cure, pour commencer par ce lieu-là à travailler en la vigne du Seigneur. A quoi M. Vincent acquiesça par esprit d’obéissance, étant bien aise, en rendant ce service à Dieu, d’avoir quelque occasion de s’humilier, et de préférer la condition de simple curé d’un village aux autres plus avantageuses et plus honorables dont il pouvait se prévaloir. » (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 24-25)

 

TEXTE B

« Ce fut environ l’an 1613 que le Révérend Père de Bérulle porta M. Vincent à accepter la charge de précepteur des enfants de messire Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, alors Général des galères de France, et de dame Françoise Marguerite de Silly, son épouse, femme d’une excellente vertu, d’autant plus digne d’être estimée que la piété était en ce temps-là plus rare parmi les personnes de la Cour. Et ce choix qui fut fait de M. Vincent pour cet emploi n’est pas une petite preuve du jugement avantageux que ce premier Supérieur général de l’Oratoire faisait de sa vertu et des bonnes qualités de son esprit, le donnant à une famille des plus pieuses et des plus illustres du Royaume, et lui confiant la conduite et l’éducation de trois jeunes seigneurs de grande espérance,  dont l’aîné est Duc et Pair de France;  le second a été élevé à la dignité de Cardinal de la sainte Église[14].& pour le troisième, qui promettait beaucoup pour les belles qualités de corps et d’esprit dont il était doué, Dieu le retira de ce monde à l’âge de dix ou onze ans, pour lui donner dans le Ciel un partage plus avantageux que celui qu’il eût trouvé sur la terre. » (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 27-29

TEXTE C

 « Or il arriva, environ l’année 1616, qu’étant allé en Picardie avec Madame qui y possédait plusieurs terres, et faisant quelque séjour au château de Folleville, au diocèse d’Amiens, comme il s’occupait à ces œuvres de miséricorde, on le vint un jour prier d’aller au village de Gannes, distant environ de deux lieues de ce château, pour confesser un paysan qui était dangereusement malade et qui avait témoigné désirer cette consolation ». Or, quoique ce bon homme eût toujours vécu en réputation d’un homme de bien, néanmoins M. Vincent, l’étant allé voir, eut la pensée de le porter a faire une confession générale, pour mettre son salut en plus grande sûreté; et il parut, par l’effet qui s’ensuivit, que cette pensée venait de Dieu, qui voulait faire miséricorde à cette pauvre âme et se servir de son fidèle ministre pour la retirer du penchant du précipice où elle allait tomber; car, quelque bonne vie que cet homme eût menée en apparence, il se trouva qu’il avait la conscience chargée de plusieurs péchés mortels qu’il avait toujours retenus par honte, et dont il ne s’était jamais accusé en confession, comme lui-même le déclara et publia hautement depuis, même en la présence de Madame, qui lui fit la charité de le venir visiter. «Ah ! Madame (lui dit-il) j’étais damné si je n’eusse fait une confession générale, à cause de plusieurs gros péchés dont je n’avais osé me confesser.»… Ce fut cette grâce qui fit cette salutaire opération dans le coeur de ce paysan, que de lui faire avouer publiquement, et même en présence de Madame la Générale, dont il était vassal, ses confessions sacrilèges et les énormes péchés de sa vie passée; ce qui fit que cette vertueuse dame, touchée d’étonnement, s’écria, adressant la parole à M. Vincent: «Ha! Monsieur! Qu’est-ce que cela? qu’est-ce que nous venons d’entendre ? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ha ! si cet homme, qui passait pour homme de bien, était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal? Ha ! Monsieur Vincent, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ? » (Abelly I,VIII, 32-33).

TEXTE D

«C’était au mois de janvier 1617 que ceci arriva: et le jour de la conversion de saint Paul, qui est le 25, cette dame me pria, dit monsieur Vincent, de faire une prédication en l’église de Folleville pour exhorter les habitants à la confession générale; ce que je fis. je leur en représentai l’importance et l’utilité, et puis je leur enseignai la manière de la bien faire: et dieu eut tant d’égard a la confiance et à la bonne foi de cette dame (car le grand nombre et l’énormité de mes péchés eut empêché le fruit de cette action) qu’il donna la bénédiction a mon discours: et toutes ces bonnes gens furent si touches de dieu, qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements, et commençai de les entendre. mais la presse fut si grande, que ne pouvant plus y suffire avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les révérends pères jésuites d’Amiens de venir au secours; elle en écrivit au révérend père recteur qui y vint lui-même, et, n’ayant pas eu le loisir d’y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler en sa place le révérend père Fourche, de sa même compagnie, lequel nous aida a confesser, prêcher et catéchiser, et trouva par la miséricorde de Dieu de quoi s’occuper. Nous fumes ensuite aux autres villages qui appartenaient à madame en ces quartiers-là, et nous fîmes comme au premier: il y eut grand concours et Dieu donna partout la bénédiction. et voilà le premier sermon de la mission, et le succès que Dieu lui donna le jour de la conversion de saint Paul: ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour.» (Abelly I, VIII, 33-34)

TEXTE E

Vous saurez donc qu’étant auprès de Lyon en une petite ville où la Providence m’avait appelé pour être curé, un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres, et toutes dans une nécessité qui ne se pouvait dire. Cela me toucha sensiblement le coeur. Je ne manquai pas de les recommander au prône avec affection, et Dieu, touchant le coeur de ceux qui m’écoutaient, fit qu’ils se trouvèrent tous émus de compassion pour ces pauvres affligés.

L’après-dînée il se fit assemblée chez une bonne demoiselle de la ville pour voir quel secours on leur pourrait donner, et chacun se trouva disposé à les aller voir et consoler de ses paroles et aider de son pouvoir. Après les vêpres, je pris un honnête homme, bourgeois de la ville, et nous mîmes de compagnie en chemin d’y aller. Nous rencontrâmes sur le chemin des femmes qui nous devançaient, et, un peu plus avant, d’autres qui revenaient. Et comme c’était en été et durant les grandes chaleurs, ces bonnes dames s’asseyaient le long des chemins pour se reposer et rafraîchir. Enfin, mes filles, il y en avait tant, que vous eussiez dit des processions. (IX, 243-244)

TEXTE F

Il est fort difficile, Mademoiselle, de faire quelque bien sans contrariété ; et pource que nous devons, autant qu’il nous est possible, soulager la peine d’autrui, je pense que vous feriez un acte agréable à Dieu de voir Monsieur le curé (3), de lui faire vos excuses de ce que, sans son avis, vous avez parlé aux sœurs de la Charité (4) et aux filles, que vous en pensiez faire à Villepreux tout simplement comme à Saint-Cloud et ailleurs, et que cela vous apprendra votre devoir une autre fois, et, s’il ne le trouve pas bon, que vous en demeuriez là. Et mon avis est que vous le fassiez. Notre-Seigneur retirera peut-être plus de gloire de votre soumission que de tout le bien que vous pourriez faire. Un beau diamant vaut plus qu’une montagne de pierres, et un acte de vertu d’acquiescement et de soumission vaut mieux que quantité de bonnes œuvres qu’on pratique à l’égard d’autrui. (vers Avril 1630 – I, 81-82)

TEXTE G

  « Au nom de la très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Sachent tous qu’il appartiendra que cejourd’hui onzième de novembre mil six cent dix-huit, en l’église Saint-Etienne de Montmirail, le peuple étant assemblé, moi, Vincent de Paul, prêtre et aumônier de dame Françoise-Marguerite de Silly, comtesse de Joigny, etc., et dame dudit Montmirail, en vertu de la permission de Monseigneur et Révérend Père en Dieu Jérôme, par la grâce de Dieu évêque de Soissons, donnée à madite dame, de faire établir l’association de la Charité en ladite ville et autres siens villages, dépendants dudit diocèse de Soissons, j’ai procédé audit établissement de l’association de la Charité, du consentement de Jean Delaistre, prieur dudit Montmirail, absent à cause de sa maladie, et en la présence de Christophe Bourdelet, son vicaire, ayant premièrement fait entendre au peuple en qui consiste ladite association et fait lecture des règlements d’icelle et de la permission de mondit seigneur de Soissons, le tout cidessus transcrit. Et ce fait, étant en la chapelle ci-devant nommée de Saint-Nicolas et maintenant choisie par ledit sieur prieur pour servir à ladite association, ai admonesté les femmes qui désireront se mettre en ladite association de s’approcher et donner leur nom. Sur quoi se sont présentées: premièrement, madite dame la comtesse, laquelle, avec les sousnommées, a désiré être de ladite association; puis demoiselle Barbe le Juge, femme de Monsieur le lieutenant Bonseré; Mademoiselle Chambelin…Puis ai procédé à l’élection des officières de ladite association, selon ledit règlement, à 1a pluralité des voix; et a été nommée pour prieure Mademoiselle la lieutenante; pour première assistante, Mademoiselle Chambelin; et pour deuxième assistante, Madame de la Saulssaye, du consentement de toutes lesquelles je leur ai laissé Nicolas Pullen, prêtre, pour recteur de ladite association. Ce qui a été fait audit Montmirail, les jour et an que dessus, en présence des soussignés

One Response to Jean-Pierre RENOUARD c.m. -2ème-1617 surgit une double intuition : le charisme vincentien, 1618 Villepreux il est mis en oeuvre

  1. andriamifidisoa alin michel 1 janvier, 2017 a 8:30 #

    Merci infiniment au père Jean-Pierre RENOUARD pour ce beau article!
    Grand Merci à l’Equipe de publication.
    « Restons toujours unis avec notre Charisme en étant « cofondateurs » (narrateurs et fondateurs »).