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« J’étais étranger et tu m’a accueilli »

J’ETAIS ETRANGER VOUS M’AVEZ ACCUEILLI (ξένος ἤμην καὶ συνηγάγετέ με) (Mt 25, 35c)

  1. Humberto Aristizábal Sánchez, CM

c’est le thème qui préside la célébration des 400 ans de la naissance du charisme vincentien

  “J’étais étranger et vous l’avez accueilli” surprend, oblige à revenir à soi pour se l’approprier. Il aurait été plus normal que le traditionnel « il m’a envoyé évangéliser les pauvres » soit la cheville ouvrière de la célébration. Notre réflexion propose quelques liens possibles entre le thème et le typique du charisme vincentien.

Il est probable que le choix du thème obéisse à un thème conjoncturel, les migrants massives en Europe à cause des conflits du Moyen-Orient ; fait devant lequel la Famille Vincentienne en Europe n’est pas resté les bras croisés. Supposant que cela se poursuive et que les migrations aillent au-delà des régions géographiques citées et qu’elles s’étendent à tous les coins de la planète ceci ne nous dispense pas des efforts à faire concernant le thème suggéré par les signes des temps (cf. Constitutions 2). Le thème bien au-delà de l’intention de ceux qui l’ont proposé, peut éclairer les 400 ans de diverses façons :

– En renforçant notre identité de famille Vincentienne. Etant donné que le thème n’identifie aucune des branches de la famille Vincentienne, cela veut dire qu’il les y engage toutes. Il est possible qu’elles se soient demandées qui a proposé le thème, ce fut peut-être un don de la Providence que la Famille Vincentienne soit toute appelée à travailler ensemble, répondant aux signes des temps (cf. Constitutions 2).

Quels pas pouvons-nous donner dans cette direction pour vivre et travailler ensemble comme Famille Vincentienne ?

– Les victimes des migrations intérieures ou extérieures exigent notre attention, notre action. Ici en Colombie, dans un temps de recherche de stabilité par la paix, les victimes (et aussi les auteurs qui deviennent aussi victimes), dépossédés de leurs terres et de leur dignité (étrangers) devront devenir la priorité. Il faudrait ajouter aussi à cette préoccupation tant de paysans sans terres, ceux qui vivent et –malheureusement- grandissent, sans loi et sans Dieu (étrangers) dans les ceintures de pauvreté des grandes villes, aux personnes qui arrivent du Venezuela pour chercher un peu d’air, ou à ceux qui utilisent le pays comme chemin vers les Etats-Unis.. par quelles initiatives aidons-nous les victimes et les auteurs des conflits ?

– étranger et pauvre, sont en un certain sens synonymes ; mais le thème ne vise pas à restreindre l’action en faveur d’un secteur spécifique et excluant d’humanité. L’étranger est celui qui a faim et soif. Celui qui est sans abri, nu, malade, emprisonné. La veuve, les orphelins  et les étrangers, sot la triade que ‘AT identifie comme pauvres (Cf. Dt 10,18-19; 14,28-29; 26, 12-13).). « Le Seigneur fait justice à la veuve et aime l’étranger à qui il donne pain et vêtement » (Dt 10,18) il est possible de lire la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37) dans ce sens : l’homme qui tombe entre les mains des bandits n’a pas de nom, n’a pas de vêtements, est un vrai étranger, un inconnu, un pauvre, qui de plus n’a pas de toit où se reposer, qui a faim et soif, et que l’impitoyable pauvreté n’a pas privé de sa liberté de mouvement. Cet étranger, ce pauvre nous rappelle à tous et plis spécialement à nous Vincentiens que la réponse à qui est mon prochain, est : « tu es toi-même le prochain ». vois et obéis à l’acte d’amour. Etre le prochain n’est pas une qualification de l’autre, mais l’exigence qui a cette exigence envers moi : et rien de plus » (D. Bonhoeffer, 45), ou comme le dirait saint Vincent :” les autres sont nos maîtres ; sont nos rois ; il faut leur obéir, et nous n’exagérons pas en les appelant ainsi, car Notre-Seigneur est dans les pauvres » (CEME IX, 1137). Dans le document final de l’Assemblée Générale 2016, les pauvres et les étrangers recouvrent la même réalité : »le cri des pauvres, des réfugiés, des migrants, de ceux qui ont été exclus et confinés sur les périphéries, chaque jour plus nombreux, touchent notre cœur et nous à bouger de toutes nos forces pour que notre Eglise parvienne à être un hôpital de campagne où tous peuvent être accueillis écoutés, et soignés en actualisant l’Evangile de miséricorde » (Cf., Document Final AG 2016). Le thème n’est donc pas seulement un appel à prendre soin des migrants, mais un appel prêter attention à ce qui nous revient : les pauvres […] ; c’est de cela que font profession les missionnaires ; leur propre est de se consacrer aux pauvres, comme Jésus […]. Faire connaitre Dieu aux pauvres, leur annoncer Jésus-Christ ; leur dire que le royaume des cieux est proche et que ce règne est pour les pauvres »(CEME, XI, 387). Quels types de pauvreté attendent notre action ?

– le pauvre est toujours étranger, même pour lui-même. Dans le monde contemporain rien n’est pensé en fonction du pauvre, et l’évangélisation de l’Eglise peut-être non plus. Conscient de la prédilection de Dieu pour les pauvres, l’Eglise invite toujours à leur proposer un espace : « les premiers qui ont droit à l’annonce de l’Evangile sont précisément les pauvres, pas seulement ceux qui manquent de pain lais ceux qui manquent de la parole de vie » (Verbum Domini 107).

Dans le même sens, la Congrégation de la Mission dans ses Constitutions (cf. Constitutions 12; 44), invite les missionnaires à se mettre à la place du pauvre. La formation sacerdotale et même la formation à la vie consacrée (y compris les congrégations consacrées aux pauvres) semblent courir le risque inverse de l’Incarnation du Christ qui « étant riche s’est fait pauvre pour nous » (2 Co 8,9). Pourrions-nous penser un autre type de formation des nôtres ? La formation que nous offrons dans les séminaires diocésains inscrit-elle comme objectif principal de faire que les prêtres aient comme attention principale les pauvres dans leur action pastorale ? sommes-nous capables de penser l’action pastorale en fonction du salut des pauvres ?

– Dieu, est l’autre étranger qui attend d’être accueilli [1]. Le document de l‘AG 2016 constate la progressive marginalité de Dieu dans le monde contemporain, une réalité qui parfois déteint sur nous et « nous défi d’approfondir notre identité, pour cultiver notre spiritualité vincentienne plus intensément » (cf. AG 2016 “Défis”), qui consiste –pour toute la Famille Vincentienne- à se revêtir de l’esprit de Jésus-Christ envoyé par le Père pour évangéliser les pauvres. Aussi simple que cela semble, il n’y a qu’une seule façon d’accueillir Dieu, cet étranger qui devient le protagoniste de « l’oraison » , qui a sans doute été le moteur de toute l’action de saint Vincent, et l‘indicateur de de l’efficacité de son oraison (cf. CEME XI, 733[2]). La prière était prioritaire dans la vie du Saint de la Charité, et elle doit aussi l’être dans la vie de nous qui vivons de son esprit aujourd’hui : « Si nous persévérons dans notre vocation, c’est grâce à la prière ; si nos missions sont couronnées de succès, c’est par la prière ; si nous ne tombons pas dans le péché, c’est grâce à la prière ; si nous demeurons dans la charité, si nous sommes sauvés, tout ceci est grâce à Dieu et à la prière (CEME XI, 285). Il est vrai que les soucis et les joies de l’humanité ne peuvent être éloignés et il serait mauvais de ne pas dire des aroles sur l’éthique, la politique, l’économie, les réalité sociales. Mais l’Eglise et surtout nous vincentiens membres de l’Eglise, devons retrouver la conscience que nous sommes dans le monde pour que la vie de Jésus offerte (cfr. Jn 10,10) devienne réalité dans la vie des pauvres, c’est notre prière : « donner à connaitre Dieu aux pauvres, leur annoncer Jésus-Christ, leur dire que le royaume des cieux est proche et qu’il est pour les pauvres » (CEME XI, 387). Cette mission nait, se nourrit et se transmet à travers l’art de l’oraison, unique art capable de fabriquer un lieu dans lequel dieu veuille demeurer (cf. Sal 22,4), il semble que si Dieu est partout, il habite où il a été reconnu (cf. Ex 40, 34; Lc 24,29-31; Jn 14,23). Pratiquons-nous l’oraison assidument et sommes-nous des maîtres d’oraison ?

– …καὶ συνηγάγετέ με (et ils m’ont accueilli ). Le verbe συνάγω iplique “l’idée d’incorporer, d’intégrer l’étranger en le considérant comme un de la famille ou de la communauté » (I. Goma Civit II, 577), il s’agit de rendre en charge quelqu’un, de veiller sur lui (cf. DENT II1151; 1554; Bauer 963; J. Lust II, 453), c’est-à-dire que l’on peut dire qu’il s’agit d’une action qui va plus loin que calmer un besoin ponctuel. Cette seconde partie du thème : « et vous m’avez accueilli ») recueille en quelques sorte le ressenti du document de l’AG 2016 : « Les cris des pauvres […] touchent nos cœurs et nous poussent à participer de toutes nos forces pour que l’Eglise devienne l’hôpital de campagne où tous puissent être accueillis, écoutés et soignés », où les pauvres deviennent nos frères et non de simples usagers de notre action caritative. En fi la seconde partie du thème des 400 ans de la célébration de la naissance du charisme vincentien, décrit notre pose notre service aux pauvres, qui doivent être servis en esprit de foi (cf. CEME IX ,25; XI, 726), conduits à Dieu (cf. CEME IX, 238; XI, 266-269), servis « joyeusement, avec enthousiasme, constance et amour » CEME (IX,534), humilité, douceur, tolérance, patience et respect (CEME IX, 1194), en peu de mots, ils doivent servir spirituellement et matériellement : sommes-nous ambitieux pour créer et offrir une évangélisation intégral qui serve au salut des pauvres ?

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[1] ¡Oh Mon Sauveur Jésus-Christ, qui t’es sanctifié pour que les homes soient sanctifiés, qui a fui les royaumes de la terre, leurs richesses et leurs gloires et a seulement pensé au Royaume du Père dans les âmes. Si tu as vécu avec un autre, toi qui était Dieu en relation à ton Père. Que devrions-nous faire pour t’imiter, ti qui nous a sorti de la poussière et nous a appelé à observer tes commandements et à aspirer à la perfection. Ay Seigneur ! attire-nous à toi, donne-nous la grâce d’entrer dans la pratique de ton exemple et de notre règle, qui nous conduise à chercher le royaume de Dieu et sa justice et que nous nous y abandonnions en tout ; fais que ton Père règne en nous et règne toi-même que nous régnons en toi par la foi, par l’espérance et l’amour, par l’humilité, par l’obéissance et par l’union avec ta majesté divine. Qu’en faisant ainsi nous ayons raison d’espérer qu’un jour nous régnerons dans ta gloire, que ton précieux sang nous a mérité. (CEME, XI, 442-443)

[2] Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit à la force de nos bras et à a sueur de notre front. Car souvent, les actes d’amour de Dieu, de compassion, de bienveillance, et autres actes semblables et pratiques intérieur d’un cœur qui aime, bien que bs et désirables, résultent cependant suspects lorsqu’ils ne parviennent pas à la pratique de l’amour effectif : « mon père est glorifié, dit notre Seigneur, en ce que vous portez beaucoup de fruit ». Nous devons être très prudent en cela ; parce que beaucoup, préoccupés de leur tenue extérieure et l’intérieur empli de sentiments de Dieu, en restent à cela, lorsque viennent les faits et se présentent les occasions d’agir ils demeurent courts. Ils sont satisfaits de leur imagination échauffée, content avec les doux colloques qu’ils ont avec Dieu dans l’oraison, ils parlent comme des anges ; mais ensuite lorsqu’il s’agit de travailler pour Dieu, de souffrir, de se mortifier, d’instruire les pauvres, d’aller chercher la brebis abandonnée, de désirer qu’il leur manque des choses ; d’accepter les maladies ou quelque chose désagréable ! Ah ! tout s’écroule et le courage manque (CEME XI, 733)

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