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le diocèse de Cahors fête le jubilé sacerdotal du Bhx Alain de Solminihiac

400 ans de l’ordination sacerdotale d’Alain de Solminihiac,

le courage et l’humilité au service des autres

 

 

 

Nous étions une centaine de personnes dans la salle municipale Clément Marot, en présence de Mgr Ardura président du comité pontifical des sciences historiques, de Mgr Hugues Paulz d’Ivoy, supérieur de chanoines de st Victor, du père Christian Mauvais visiteur des lazaristes de France et autour de Mgr Laurent Camiade évêque de Cahors, pour la journée-colloque sur Alain de Solminihiac dont on fêtait le 400ème anniversaire de l’ordination sacerdotale

Alain de Solminihiac nait d’une famille noble périgourdine, le 15novembre 1593 dans le château de Belet, et sera baptisé dans la paroisse de Brignols. Etant le 3ème il est promis à la carrière des armes mais par disposition personnelle il se destine à devenir chevalier du Temple. En 1614, il devient abbé de Chancelade lorsque son oncle lui en cède le bénéfice. L’abbaye est en ruine suite aux guerres de religion et ne dispose que du clocher et de 4 chanoines. En attendant les bulles de reconnaissance romaine il prend des cours de latin et de grec. Comme il ne peut hériter d’une abbaye sans être tonsuré, il s’empresse de s’y plier. En 1616 il fait profession et deux religieux de st Augustin sont encore là. Il continue son chemin vers l’ordination qu’il reçoit en 1618. Ils ne sont plus que 2 religieux dont celui qui lui succèdera.

La tradition canoniale n’existant pas en Périgord, il prélève 1200 livres sur ses biens, part sur Paris pour vivre avec un chanoine et y sera rejoint par d’autres. Il vise à obtenir le baccalauréat en théologie. Il suit les cours de deux profs connus Chevreul et Padé. A la Sorbonne il bénéficie de deux autres professeurs de renom: Mrs Gamache et Duval. Il rencontre François de Sales qui est en mission diplomatique pour négocier un mariage, un évêque aux sermons très écoutés dans la capitale. Il va rencontrer tous les courants chrétiens rénovateurs. Outre ces théologiens évoqués, il croise des personnages en vue. : Bérulle, Jean Jacques Ollier, Madame Acarie, Vincent de Paul. Il se place sous la tutelle d’un père jésuite avec qui il fait les exercices. Une pratique qui le touche profondément et qu’il va introduire dans la vie des chanoines de l’abbaye de Chancelade pour approfondir la réforme de cette institution. Rapidement il verra le nombre de chanoines augmenter à 50.

En mars 1636, le Cardinal Richelieu entendant parler de la réussite de sa réforme le nomme évêque de Lavaur. Il refuse. Nous savons que le diocèse n’a une centaine de paroisses. Trois mois plus tard il est nommé à Cahors et accepte, la ville étant plus proche de Chancelade qu’il souhaite conserver, il peut acquiescer à la mission confiée. Le diocèse compte 800 paroisses réparties en seigneuries. Le département est une société de laboureurs et de journaliers. Cahors compte environ 200.000 habitants, 900 prêtres, 300 moines, une université édifiée par le pape Jean XXII et un collège jésuite. Il a un revenu de 30.000 livres ce qui lui permet d’effectuer un transfert annuel de 2000 livres au diocèse de Grâce.

Il fallait à cela ajouter les revenus de sa charge de comte et de baron : 33 vicomtes lui rendaient hommage, ce qui lui apportait 23000 livres par an. Il deviendra président du Quercy mais n’aimant pas les titres fera graver le nom de son prédécesseur. Il gérera le temporel comme le spirituel avec fermeté et justesse fort de sa devise « aussi bien que ce peut jamais rien à demi ».

Lors de son arrivée il intervient pour demander la grâce des paysans révoltés contre les taxes royale ce qui va le rendre très proche des ruraux quercynois. Il luttera contre les duels, l’usure et incitera les seigneurs à une conduite irréprochable veillant à la piété et à dénoncer les attitudes irrespectueuses.

Il va s’employer à mettra en œuvre le concile de Trente. Le Concile proposait 5 moyens pour réformer les Eglises : les synodes, les séminaires, l’installation de communautés religieuses spécialisées et la réforme des bénéfices. C’est en 1563 qu’il adopte un texte sur la formation des prêtres qui s’ouvrait sur trois grandes orientations : les collèges qui devaient devenir ‘pépinières’ de vocations (pépinière est le terme latin pour ‘séminaire’, qui progressivement, sera retenu pour parler des lieux de formation des futurs prêtres), l’obligation de résidence des curés et la réforme des bénéfices. Le texte qui évoque les collèges propose d’inscrire de jeunes de 12 ans issus de mariages légitimes, sachant lire et écrire. Les premiers essais en France ne sont pas concluant. Il s’agit de passer du service comme charge déléguée à un ministère-vocation comme volonté et aptitude reçue et reconnue par l’Eglise.

Dès son arrivée, il va fonder un séminaire, qu’il va diriger avec deux prêtres. L’initiative va s’arrêter rapidement car le collège des prêtres ne veut pas consacrer de bénéficies pour entretenir ce service et il se rend compte de l’impossibilité de mener cette charge et les visites des paroisses de front. D’autre part dans les diocèses l’imprécision du texte conciliaire se traduit par un flottement dans l’installation de ces réalités qui alternent entre petit séminaire, collèges de garçons ou établissements de formation.

Le concile invitait aussi à réformer l’attribution des bénéfices. Il établit qu’ils soient tous sous la juridiction de l’évêque : certains étant propriété des religieux, d’autres étaient familiaux et certains liés aux familles de propriétaires terriens. Ces prêtres vivaient dans des ‘mas’. Ils avaient à charge d’améliorer le culte, nombre d’entre eux étaient écrivains. Ils ne pouvaient plus être notaires mais ils accompagnaient les migrants. Leur mode de vie ne correspondait pas au modèle tridentin, ils n’avaient pas été formés en séminaire mais avaient appris auprès des curés des lieux. Ils vivaient souvent en famille et étaient adaptés au monde rural. On en rencontrera jusqu’à la révolution. Ce sont eux qui développent le culte du purgatoire.

Le Concile avait aussi parlé des pratiques de dévotion qu’il s’agissait de réviser : des pratiques religieuses thérapeutiques, dont certaines semblent virer à la superstition : les brives (foulards de protection), les prières conjuratoires (contre sauterelles et les loups) vont être interdites dans les statuts synodaux. Si cela normalise les pratiques religieuses vers des rites plus respectueux de l’époque, cela va contribuer à éloigner le petit peuple de la foi de l’Eglise. Il faut dire aussi qu’ils étaient pratiqués par les prêtres bénéficiaires parlant les dialectes locaux, donc en plus grande proximité avec le peuple.

Ce n’est qu’en 1653 qu’il reprend son projet de séminaire mais cette fois en faisant appel à Monsieur Vincent pour qu’il lui donne des missionnaires. Il exige qu’ils ne soient consacrés qu’à cette œuvre, car étant des prêtres cultivés, ils ne maitrisent pas la langue du peuple. Il confiera cette partie de la mission aux chanoines qu’il a fondés. Six ans plus tard, le séminaire compte déjà 35 candidats. Il veillera à s’assurer lui-même de l’aptitude des candidats.

Soucieux de participer au renouvellement de l’Église, il usera du rôle de Monsieur Vincent qui restera de 1649 à 1653 au Conseil de Conscience pour faire nommer des évêques, digne de cette charge dans la dizaine de diocèses environnant. Sa correspondance avec ce dernier de 53 lettres entre 1643 et 1653, révèle le lien fort qui les unissait, Monsieur Vincent parlant de lui à ses frères missionnaires comme d’un saint évêque. S’ils échangent sur l’Eglise, les prétendants aux titres ecclésiastiques, les lettres sont emplies de propos délicats montrant la solide amitié qui les unissait et qui se traduisait par une attention réciproque aux menus détails du quotidien.

Nous savons qu’il pratiquait les mortifications avec austérité. Il est beau de voir que celle de ne boire que de l’eau lui est venue alors qu’il a voulu se charger du défaut d’un prêtre alcoolique ! Il s’imposait des pratiques sévères sans jamais en être le propagateur. Sur ses revenus, il sera le bienfaiteur d’un hôpital des pauvres, de deux orphelinats de garçons et de filles. Il soutiendra les ursulines de Montpezat et le collège jésuite et des établissements scolaires.

Il visitera son diocèse 9 fois pour que la foi et la pratique retrouvent leur place dans ce grand diocèse. Il envoyait avant lui des chanoines dans les paroisses pour expliquer le but de la visite. Au terme de la visite il établissait des ordonnances de décisions générales et pratiques. Cela l’amènera à créer un réseau de 34 archiprêtrés. Dans chacun il disait aux prêtres qu’ils étaient ses yeux, ses pieds et ses mains. Ces vicariats forains vont devenir des lieux de formation du clergé qui devaient se réunir une fois par mois. C’était une rencontre d’étude, de prière et d’amitié durant lesquelles étaient analysés des cas de conscience. Il demandait que lors de ces rencontres ne soient pris qu’un plat pour éviter les excès de prise de nourriture.

Il s’éteindra à Mercuès à 70 ans, après avoir déployé son épiscopat avec bonté, force d’esprit et grand cœur : qualités dont il souhaitait voir les évêques doté. Il n’avait pas oublié de faire renaitre le culte de la Vierge dans le bel écrin sanctuaire de Rocamadour.

Tous ont reçu une médaille souvenir représentant le bienheureux évêque avant de se retrouver au chevet de la cathédrale pour inaugurer une statue en bronze réalisée par Délie Duparc…

Bernard Massarini c.m.

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