Par : P. Aarón Gutiérrez Nava, CM
Assistant général

Du Mois Missionnaire Extraordinaire à la troisième Journée Mondiale des Pauvres, le 17 novembre 2019, le fil conducteur dans la vie de nous, Lazaristes de la Congrégation de la Mission, est une formation constante et rigoureuse. Pour cette raison, nous souhaitons partager avec vous l’article suivant en conjonction avec le Cours International de Formation Missionnaire Vincentienne au CIF à Paris. Nous voulons maintenir l’esprit missionnaire constant à tous les niveaux de la Petite Compagnie et donner l’occasion aux confrères qui ne peuvent pas bouger de se mettre à jour et de se former même à distance.       

Le but de ce mois missionnaire extraordinaire, tel que défini par le Pape François à l’occasion du 100e anniversaire de Maximum Illud, était de « redécouvrir la dimension missionnaire de notre foi en Jésus Christ »[1]. Le message du Pape est intitulé : Baptisés et envoyés… mais les textes bien connus sur l’envoi missionnaire (cf. Mt 28,19 ; Marc 16,15 ; Luc 24,47-48), avec toutes leurs différences, soulignent la nécessité d’une formation qui conduise à la foi, ceux qui écoutent l’annonce/la prédication des missionnaires. Jésus a souligné aux Apôtres l’urgence d’enseigner et de faire des disciples de toutes les nations… Tout processus de formation chrétienne doit d’abord considérer si ceux qui sont formés ont fait une option pour Jésus Christ et ensuite, dans cette perspective, découvrir le sens de la mission de Dieu.

La mission n’est pas simplement une activité de plus parmi tant d’autres dans le processus d’évangélisation. La mission est donnée par Dieu : la mission appartient au Père qui désire sauver l’humanité ; la mission appartient au Fils, celui envoyé par le Père pour faire connaître le Royaume de Dieu à ceux qui sont loin de Dieu ; la mission appartient à l’Esprit qui est envoyé par le Christ au nom du Père « pour accomplir son œuvre salvifique intérieurement et pour pousser l’Église vers sa propre expansion »[2] La Sainte Trinité est la fontaine où la Congrégation de la Mission boit et nourrit sa propre nature missionnaire[3] et est la perspective pour former la conscience des missionnaires. La mission doit se développer sous le signe de la perfection de la charité[4]. Les missionnaires rempliront le but de la Congrégation lorsqu’ils assumeront, comme étant le leurs, le dynamisme de la mission Trinitaire.

La mission concerne aussi l’Église qui est envoyée par Jésus Christ pour continuer sa mission sous l’inspiration et l’accompagnement de l’Esprit Saint[5]. La mission est donc au centre de la vie chrétienne et ecclésiale qui nourrit la vie du baptisé de sa sève nutritive. Parce que tous les membres de la Congrégation ont été baptisés, ils sont donc appelés à la sainteté et envoyés : « Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. »[6]. Ce texte résume le but de la formation missionnaire, à savoir que les missionnaires apprennent à être le reflet du visage miséricordieux du Père. Chaque missionnaire, l’Église et la Congrégation incarnent Jésus-Christ, missionnaire du Père, modèle et Règle de vie en matière de service dans le processus de l’évangélisation. Ces intuitions ne diffèrent pas de celles que Vincent de Paul a transmises aux membres de la Congrégation[7].

Dès leur plus jeune âge, les baptisés doivent comprendre que chaque aspect de leur activité est lié à la mission. La formation permanente réaffirmera continuellement cette conviction. La mission est le paradigme actuel de l’Église universelle et, à ce titre, elle nous rappelle saint Vincent comme formateur des missionnaires. Former des missionnaires, c’est beaucoup plus qu’une présentation occasionnelle de missiologie. Une telle formation n’est pas seulement une étape, mais une tâche qui dure toute la vie[8]… une tâche qui prend en considération les recommandations du Concile Vatican II : « Ceux qui seront envoyés vers les diverses nations, doivent être comme de bons ministres du Christ nourris “des enseignements de la foi et de la bonne doctrine”, qu’ils puiseront avant tout dans les Saintes Écritures, approfondissant le mystère du Christ dont ils seront les hérauts et les témoins. C’est pourquoi tous les missionnaires doivent être préparés et formés, chacun selon sa condition, afin d’être à la hauteur des exigences de leur future tâche. »[9]

La formation missionnaire vincentienne implique toute la vie d’un individu et implique de tout mettre en œuvre pour revêtir l’esprit du Christ[10]. Par conséquent, les solutions toutes faites ne sont pas valables. S’il y a un domaine dans lequel une conversion continue est nécessaire, c’est bien celui de la formation. Le Pape François affirme que chacun à son niveau est invité à découvrir la manière dont Dieu l’appelle à se revêtir à nouveau de l’esprit du Christ. Les moules préfabriqués limitent et entravent la créativité. Les missionnaires sont appelés à être créatifs en suivant le missionnaire du Père. Nous devons continuellement nous demander : comment préparer les futurs missionnaires pour qu’ils continuent à donner leur vie au Christ en évangélisant les pauvres[11] ? Quels sont les moyens que nous pouvons offrir aux séminaristes pour qu’ils soient remplis de la sensibilité et des attitudes du Christ, voire de son esprit même qui est particulièrement clair dans les exemples des évangiles[12] ? Comment faire en sorte que les futurs membres de la Congrégation soient, au plus profond d’eux-mêmes, missionnaires ?

Pour être de bons « témoins », le Concile Vatican II a insisté sur la formation des missionnaires dans trois aspects fondamentaux : [a] théologie missionnaire, [b] spiritualité missionnaire, [c] méthodologie missionnaire. Il est donc important que les futurs missionnaires de la Congrégation connaissent l’enseignement de l’Église en matière d’activité missionnaire, connaissent la différence entre mission et évangélisation, apprennent son contenu et entrent en communion avec ses objectifs. Ils doivent aussi savourer les chemins que les messagers de l’Évangile ont parcourus au cours de l’histoire et découvrir ainsi, dans l’esprit de Jésus Christ, les attitudes intérieures et extérieures d’un évangélisateur des pauvres. Ils doivent aussi savoir faire de leur propre expérience spirituelle une synthèse de ce que le Seigneur veut leur dire à travers la vie d’autres saints[13]. Ils doivent aussi apprendre à s’engager dans la mission « en union intime avec le Christ ». Il est également important qu’ils apprennent la situation actuelle de la mission et les moyens que l’on considère aujourd’hui comme les plus efficaces pour la transmission de l’Évangile. Ils doivent être bien informés sur la méthodologie pour être des apôtres créatifs avec une pédagogie claire dans le domaine de la vie théologique et une mystagogie capable d’élever de nouveaux disciples missionnaires au sein des communautés où le Seigneur les envoie[14]. Les missionnaires doivent savoir encourager de nouveaux disciples et réveiller ceux qui se sont « endormis » pour qu’ils collaborent à l’évangélisation des pauvres[15]. Dans la Congrégation, nous rappelons encore une fois qu’à l’exemple de saint Vincent, notre esprit et nos ministères doivent se nourrir mutuellement[16]. Dans tout cela, nous pourrions dire que « chaque confrère et chaque communauté locale entendront l’appel urgent à poursuivre la conversion et s’efforceront de répondre à cet appel, afin de vivre, comme si c’était la leur, l’expérience spirituelle de saint Vincent »[17]

Dès son plus jeune âge, Vincent a eu l’expérience de former des jeunes qui lui ont été confiés. Bien qu’il l’ait fait pour gagner de l’argent afin de poursuivre ses études, nous devrions néanmoins être capables de trouver de la valeur dans la formation de la personne humaine. Vincent a bien compris ce besoin de formation puisqu’à plus d’une reprise il a affirmé que « la dépravation de l’état ecclésiastique est la cause principale de la ruine de l’Église de Dieu » (CCD:XI:279). Vincent était aussi très conscient de l’état d’ignorance qui pouvait conduire à la condamnation des pauvres. La dignité de ces malheureux enfants de Dieu a éveillé la créativité missionnaire de Vincent. Ce saint fondateur n’a ménagé aucun effort pour assurer la formation permanente des prêtres et des ordinands afin de les aider à rendre l’Évangile efficace. Il considérait cette formation comme nécessaire si ses disciples voulaient s’engager dans le processus d’évangélisation. Vincent savait que la formation, inspirée par l’esprit missionnaire de Jésus-Christ, produirait des fruits visibles, crédibles et significatifs… des missionnaires zélés pour l’évangile et inspirés par l’Esprit.

Le souci profond que Vincent de Paul avait pour la formation des vrais apôtres est, pour nous, une motivation suffisante pour mettre tout en œuvre pour nous former à la mission, et ainsi pouvoir « aider les clercs et les laïcs dans leur formation », pour les conduire « à une participation plus complète à l’évangélisation des pauvres ». Si c’est ce qu’on nous demande de faire pour les autres, qu’est-ce que saint Vincent attend de nous en ce qui concerne la formation missionnaire de nos futurs confrères dans la Congrégation ?

 

Traduit :

Charles T. Plock, CM

Province de l’Est, États-Unis

 

Traduit de l’anglais au français par

Gervais KOUAM, CM

Vice-Province du Cameroun

 

[1] Pape François, Message pour la Journée mondiale de la mission 2019.

[2] Ad gentes, n° 4.

[3] V. Constitutions, #77-78.

[4] V. Constitutions, #11 ; Gaudete et Exsultate, n° 21 ; CCD:XI:142-143.

[5] V. Constitutions, #10 ; cf. Evangelii Nuntiandi, n° 14.

[6] Gaudete et Exsultate, n° 19

[7] V. Constitutions, #5

[8] V. Constitutions, # 81

[9] Ad gentes, n° 26.

[10] Constitutions, # 1.1

[11] V. Constitutions, #1.

[12] V. Constitutions, #4.

[13] V. Gaudete et Exsultate, #22

[14] V. Constitutions, #78.2, 3, 4, 5.

[15] V. Constitutions, #79-81.

[16] V. Constitutions #8 et 77.

[17] Lignes d’action de l’Assemblée Générale de 1986, n° 7 et 10.